Pour réaliser ce troisième projet, nous avons voulu investir un endroit cotoyé par des gens. Nous avons donc choisi la résidence où Louise habite. Le long des allées nous avons tracé une ligne sinueuse avec de la semoule. Le choix de la semoule est justifié par le fait que c'est un élèment qui ne pouvait résister ni au vent, ni à la pluie... mais qui était aussi visible par l'oeil. Nous avons donc créé cette ligne selon le chemin que nous avons parcouru. Après avoir marché dans plusieurs allées, nous avons attendu que deux heures s'écoulent, pour laisser le temps altérer notre tracé. Quand nous sommes revenues, certains endroits étaient totalement enlevés, d'autres parsemés, et certains entièrement intactes. Entre temps, il avait légèrement plu et le sol était devenu brillant, faisant adhérer la semoule.
Après hésitation, nous avons décidé de présenter notre travail sous forme photographique. La photographie est adaptée pour immortaliser un projet qui se veut éphémère. Cependant, nous avons aussi choisi ce medium car il nous permettait de mettre dans cette reconstitution notre point de vue. En effet, nous ne voulions pas que les gens ne voient qu'une simple trace de semoule au sol. Notre intention était aussi de montrer le côté poétique de cette poudre jetée sur le sol. Le but était qu'on la voit, mais qu'elle se confonde avec l'environnement. Après les deux heures, des feuilles mortes étaient venues se mélanger à elle. Nous voulions que cela devienne un tracé lumineux qui donne envie de le suivre. Ici, la ligne de semoule est le dessin, car c'est elle que les yeux regardent. Elle donne le mouvement par la forme qu'elle prend, mais aussi car elle épouse l'orientation du chemin donnant une profondeur à l'image. Par ailleurs, elle est le dessin formant une trace, mais elle est, elle même composée de points. C'est l'oeil qui créé la ligne.
C'est justement cette composition qui créé l'éphémère dans ce travail. En effet, la semoule est un matériaux léger et sensible aux intempéries tels que le vent, la pluie, le mouvement des gens qui passent. Nous voulions montrer par ce travail que le dessin pouvait se résumer à un simple tracé. Cependant, il s'agissait d'une ligne elle même composée de nombreux élèments. Elle prenait aussi forme en suivant la structure des chemins. Le dessin était donc susceptible d'être modifié par le temps.
Ainsi, il est possible de constater que le dessin ne se résume pas seulement au papier et aux crayons. Il peut se trouver n'importe où et être sujet aux aléas du temps comme dans le land art. En particulier, le travail de Richard Long avec son oeuvre « A Line Made By Walking » qui est elle même une trace faite dans l'herbe, qui est sujette à la nature, et sera donc éphémère.
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